Il est des mots qui traversent les siècles. D’autres qui traversent les dictionnaires. Et puis il y a covfefe.
Le 31 mai 2017, à 00 h 06, Donald Trump publie sur Twitter un message qui s’interrompt brusquement :
Despite the constant negative press covfefe.
Quelques minutes plus tard, le monde entier se demande ce que signifie ce mystérieux « covfefe ». Une faute de frappe ? Un code secret ? Un mot en langue ancienne ? Le début d’une stratégie géopolitique ? Ou simplement un doigt un peu trop enthousiaste sur un clavier de téléphone ?
Le tweet est supprimé. Trop tard.
Internet a déjà adopté l’orphelin lexical.
En quelques heures, des milliers d’hypothèses voient le jour. Les linguistes improvisés se réveillent. Les graphistes dessinent des affiches. Les programmeurs baptisent leurs projets « Covfefe ». Des mugs, des tee-shirts et des autocollants apparaissent. Wikipédia ouvre une page. Les médias du monde entier dissèquent six lettres qui, objectivement, ne veulent rien dire.
Ou peut-être veulent-elles tout dire.
Car « covfefe » est devenu bien plus intéressant que le mot qui aurait dû être écrit. Une erreur ordinaire s’est transformée en phénomène culturel. Une coquille est devenue une œuvre collective.
Nous passons notre temps à chercher du sens partout. Dès qu’une anomalie apparaît, notre cerveau refuse le vide. Il fabrique une explication. Si aucune n’existe, il en invente une.
C’est probablement l’une des plus belles démonstrations de créativité spontanée d’Internet.
Le plus fascinant n’est pas le tweet lui-même. C’est ce qui s’est passé ensuite.
Des millions de personnes, réparties sur toute la planète, se sont mises à jouer avec un mot inexistant. Sans concertation. Sans chef d’orchestre. Simplement parce que l’absurde est contagieux lorsqu’il est partagé.
Dans un monde saturé de discours soigneusement calibrés, « covfefe » possède une qualité rare : il échappe à toute explication définitive.
Et c’est précisément pour cela qu’il survit.
Peut-être qu’un jour les archéologues du numérique tomberont sur ce mot, isolé dans les archives d’un ancien réseau social. Ils rédigeront des thèses, compareront des manuscrits électroniques et débattront pendant des décennies de sa véritable signification.
Ils auront tort.
La véritable définition de « covfefe » n’est pas un mot.
C’est un sourire.
Ou, si l’on préfère, une invitation permanente à ne pas prendre le langage trop au sérieux.
L’orignal décalé, lui, refuse toujours qu’on lui explique ce que signifie « covfefe ». Il soutient qu’un mot qui résiste aux dictionnaires mérite davantage de respect qu’un mot qui s’y installe confortablement.
Après tout, les meilleures histoires commencent souvent par une erreur de frappe.
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